François Welgryn – Novembre 2025

C’est dans son bureau et appartement parisien, avec une vue magnifique sur le Sacré Cœur, que François Welgryn, parolier depuis plus de 25 ans me reçoit. Pendant plus d’une heure, nous parlons de son rapport avec son métier, de ses coups de cœur et de ses envies.
François Welgryn n’était pas du tout parti pour être dans un métier artistique, puisqu’il a fait des études de commerce. Son Bac+5 en poche et confronté à la réalité de la vie professionnelle, il se rend finalement vite compte qu’il ne veut pas d’une vie encadrée et qu’il avait en lui des choses artistiques qu’il s’était interdit de développer. Il décide de repartir à zéro et de suivre une formation artistique de 3 ans, centrée sur le théâtre. Pour travailler sa voix comme comédien, il suit des cours de chants. La professeure de chant les pousse à écrire des chansons et c’est ainsi que sont nés ses premiers textes, avec un compositeur qui était aussi dans le cours. Ces chansons, ce sont les seules qu’il chantera de toute sa vie. Parce que même s’il est dans un cours de chant, il comprend bien que ce n’est pas son talent premier, pourtant, en chantant ses propres chansons, il se rend compte que cet art l’intéresse ainsi que la relation de travail avec le compositeur qui est pour lui comme un jeu de ping-pong. Et surtout, une fois les chansons chantées, des gens sont venus lui dire : « Est-ce que c’est toi qui as écrit le texte ? Pourrais-tu écrire pour moi ? ».

Une fois ces premiers textes professionnels écrits, François va de rencontres et rencontres et travaille avec une multitude de compositeurs et d’artistes. Si chacun a sa manière de travailler, il préfère écrire en premier, travailler en amont un texte en privilégiant des compositeurs à l’écoute des mots. Il n’est évidemment pas contre l’idée de devoir changer des mots d’un texte mais il aime les compositeurs qui ne sont pas rigides. Pour lui, la musique comme le texte peut changer, c’est un partage. L’auteur et le compositeur cherchent ensemble. D’ailleurs, pour lui, dans sa carrière, les chansons qui ont le plus fonctionné sont celles où le texte avait été écrit en premier. Il aime travailler de façon à structurer le texte en donnant une proposition qui peut être mise en musique. Il n’écrit pas un texte histoire d’écrire un texte mais pour un projet et pour quelqu’un, parce qu’il y a un besoin et une envie.

Des rencontres, il continue à en faire et pas des moindres, puisqu’en 2009, il participe à la 30e session des Rencontres d’Astaffort. Pour lui, Francis Cabrel a eu une idée de génie en confrontant des artistes qui sont auteurs et/ou compositeurs et en leur montrant que quand ils sont face à d’autres professionnels ou d’autres artistes, les talents peuvent se compléter et ils vont encore plus loin. Ces rencontres sont déterminantes pour lui car cela lui apprend à collaborer avec des artistes qui avaient vraiment déjà des univers, parfois totalement différents du sien et il prend confiance en sa capacité d’enrichir la proposition des artistes quand la rencontre se fait.

Entre deux textes écrits, François devient papa et malgré tout ce qui existe sur le marché, il trouve peu de choses correspondant à la musique qu’il a envie que ses filles de 3 et 4 ans écoutent avec de la fantaisie, de la pertinence, de la légèreté qui a du sens. Il rencontre grâce à l’éditeur Christophe Piot, Tina Harris (qui travaillait pour Quincy Jones entre autres), une compositrice « aussi farfelue que lui » d’après Christophe. Il écrit avec elle trois chansons qui atterrissent dans le label d’Olivier Nusse chez Universal Music France et François les coproduit avec les producteurs d’Henri Dès. Le petit monde de mademoiselle Prout est un succès, deuxième vente du marché enfants deux années de suite, et un second album de chansons est créé à la suite. François s’applique à faire vivre les personnages de ce petit monde sur un format un peu plus long qu’une chanson et signe alors une série de livres pour enfant qui développent cet univers. Un succès qui a bientôt 25 ans, un chiffre qu’il espère fêter avec une ressortie !

Apparu tout juste sur le marché en tant que parolier, le patron des éditions Universal avec qui il travaillait propose son nom pour le château de la Star Academy avec les 4 finalistes de la première année de l’émission. Le but était de leur montrer le processus de conception d’une chanson. Il se souvient que c’était une pression importante pendant quatre heures et tout était filmé. Il fallait aider et analyser le discours à tenir pour prolonger ce que les gens avaient aimé des finalistes et c’était dans l’urgence : une euphorie et une excitation qui sont pour lui des moteurs intéressants. Il a travaillé avec d’autres jeunes de la téléréalité, puisqu’il a aussi écrit pour LinkUp (avec Matt Pokora). L’urgence a duré 10 jours, c’est le temps qu’ils avaient en studio pour faire l’album. D’un côté, il y avait les garçons et de l’autre le groupe des filles. La production a voulu faire les deux albums en même temps, et il a écrit pour les deux. Il se rappelle que c’était assez impressionnant mais épuisant. Un épuisement bénéfique car pour François des choses peuvent sortir de ce type d’énergie et c’est en cela que l’écriture est toujours intéressante. S’il n’est pas du genre à pousser ses performances et à vouloir écrire jour et nuit (aussi parce qu’il souhaite laisser une place à sa vie personnelle et de famille), il avoue quand même que quand on est 24h/24 dans l’écriture, avec des gens passionnants, on n’a pas envie d’arrêter. La fatigue, l’excitation de la dernière minute, la pression sont en quelque sorte une drogue (la seule qu’il lui arrive de prendre) qui peuvent pousser à écrire des choses inattendues.

Et c’est grâce à ces rencontres, que des choses magiques arrivent comme une chanson pour Johnny Hallyday. François travaille pour la première fois avec David Hallyday en 2005 et celui-ci l’appelle avec l’envie de présenter à son père une chanson dans deux jours. Alors, même si c’était assez stressant, fort de son expérience de devoir délivrer des choses dans un temps rapide, chose qu’il fera ensuite régulièrement dans sa carrière, François écrit Affronte moi. Au fond, ce sont surtout des relations humaines qui se créent, il retrouve ces gens avec qui il travaille une fois ou deux, pour le temps d’un café ou d’un long moment ensemble et puis une nouvelle création se met en place, puisqu’il retravaille avec David Hallyday 15 ans plus tard sur son album Imagine un monde. Pour autant, il ne considère pas que cela a changé la donne d’avoir un texte pris par le Taulier, de la même manière que rien ne changera professionnellement, à son sens, quand Céline Dion prendra un de ses textes aussi. Cela change juste le regard qu’il a de lui, ça donne une certaine confiance. Il avoue qu’en tant qu’auteur qui aime les grandes voix, c’est forcément plus impressionnant d’entendre une chanson chantée par un interprète puissant, mais que le plaisir de la découverte est toujours là à chaque fois qu’un texte prend vie !

C’est dans cette idée de mieux connaître les gens pour lesquels il écrit, de pouvoir poursuivre sa manière très individualisée d’écrire, qu’il a développé une équipe autour de lui et que depuis 7/8 ans il ne travaille quasiment qu’avec un seul et unique compositeur, William Rousseau, qu’il a rencontré il y a une quinzaine d’années. François avait vu son nom circuler sur des albums auxquels il avait aussi collaboré. Alors, un jour, grâce aux réseaux sociaux, il lui écrit : « On ne se connaît pas, on a été sur des albums ensemble et j’aime beaucoup ce que tu fais ». Ils se sont rencontrés et ont décidé que la meilleure manière de vraiment se parler quand on est auteur et compositeur, c’est d’écrire une chanson ensemble. Si François est heureux d’avoir travaillé avec de très nombreux compositeurs, il avoue le plaisir de partager la complicité et le partage du quotidien pas toujours facile du créateur avec un interlocuteur privilégié. Ils se connaissent parfaitement maintenant et sont « hyper compatibles » en ayant des valeurs proches et une façon similaire d’envisager la création et l’accompagnement des artistes. Pour lui, il est clair qu’en tirant un fil ensemble, en se connaissant mieux et en créant une fidélité, on travaille mieux et que c’est toujours agréable d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer sur du long terme.

Des jours comme ça est la première chanson écrite avec William Rousseau et fait partie des moments « magiques d’une carrière » dira-t-il, puisque c’est Céline Dion qui l’interprétera dans son album Sans attendre. Une fois écrite, ils la proposent à Valérie Michelin (la manageuse de Dion) qui est en recherche de matériel pour le nouvel album français. Elle la défendra auprès de l’équipe qui sélectionnent les titres. François le sait, tout est une question d’être là au bon moment. Il ne cesse de le rappeler que maintenant, en plus, il y a vraiment la notion d’équipe autour de chaque artiste. Si cela a des avantages pour l’artiste et les producteurs, François reconnait que cela a pour conséquence que c’est encore plus fermé qu’avant pour les auteurs qui débutent. D’ailleurs pour lui, il faut toujours commencer par des nouveaux talents au lieu de tenter déjà des pointures au commencement d’une carrière, parce que justement ils ont déjà leur équipe et n’ont pas besoin de vous. Pourtant, installé et reconnu, François se paye le luxe de ne travailler à 90% qu’avec des « jeunes » parce que c’est pour lui beaucoup plus intéressant. Être là pour aider à structurer un projet, d’apporter des valeurs, d’appuyer quelqu’un qui est vraiment disponible est pour lui le meilleur côté du métier artistique qu’il a choisi. C’est pour cela qu’il a monté sa propre maison d’édition très tôt dans sa carrière (et aussi pour ne pas signer un contrat d’exclusivité et se priver d’écrire pour tout le monde) et ensuite qu’il a créé le label InTenSe, avec William Rousseau, une boite de production pour produire les gens en qui ils croient.

Le regard passionné, François parle de sa démarche de créateur à l’heure actuelle, où il ne travaille pratiquement plus qu’avec des artistes qui sont créateurs, comme par exemple Gervaise. Elle écrivait et composait tous ses textes avant toute seule et maintenant, on fait beaucoup ensemble. Au début, il a écouté son projet juste parce qu’il aimait bien et qu’il était curieux et qu’elle voulait un avis. Il lui a donné des points d’amélioration et elle lui a demandé de l’aider. Elle s’est montrée curieuse et ouverte, elle a des vrais talents d’écriture et de compositions mais elle était ouverte à ce type de rencontres qui challengent et permettent d’aller plus loin. Dans cette collaboration, William Rousseau s’est greffé car il y avait des enjeux musicaux. Comme ils n’ont pas réussi à faire signer l’EP, avec William, ils lui ont proposé de la signer avec leur label InTenSe. C’est le même cheminement pour sa collaboration June the Girl. Encore une fois, il faut être ouvert dans ce métier, sinon, cela ne peut pas avancer.

En fait, François travaille à trois maintenant : avec le compositeur et l’artiste, parce qu’une chanson, c’est un dialogue entre une musique et des mots et la sensibilité de l’artiste qui l’interprète. La musique ne doit pas dire la même chose que les mots. Pour expliquer cette vision des choses, il prend l’exemple d « Allo le monde » qu’il a signé pour Pauline. Elle avait 18 ans et envie d’écrire, mais elle savait qu’elle avait besoin d’aide. La maison de disque réclamait des choses moins adolescentes que ce qu’elle pouvait écrire à l’époque. Alors, François et elle ont discuté, sur le monde, sur sa vision du monde, de l’avenir. De son côté, sur le plan personnel, François avait sa maman malade, alors, forcément, il n’avait pas une vision du monde très positive à ce moment-là. François écrit les paroles qui sont assez sombres et les donne à Pauline qui compose la musique en deux jours, une musique enjouée, entrainante. Pour lui, c’est ce dialogue entre la musique et les paroles, cette différence entre les deux énergies de la chanson, qui ont fait que la chanson est devenue un vraiment succès.

Durant l’interview, François ne cesse de marteler que si on avance, c’est par les rencontres que l’on peut faire, qui peuvent nous toucher ou pas mais qui apportent toujours quelques choses au final. Il est fort à parier qu’il continuera donc à rencontrer des jeunes artistes en développement, pour les aider à porter leur projet aux oreilles d’un public toujours plus friand de nouveautés. Même s’il a écrit pour de grands et petits noms de la chanson française et internationale (Sofia Mestari, Thierry Amiel, Amel Bent, Amir, Kendji, Helene Segara, Ginette Reno, Petula Clark, Sheila, pour n’en citer que quelques-uns…), et qu’il a conscience que c’est de plus en plus dur de percer dans un marché du disque saturé de propositions il faut défendre ce plaisir de créer ensemble et de s’enrichir mutuellement. Quelques soient les difficultés de la vie, il y a toujours « des jours comme ça »…

Le regard passionné, François parle de sa démarche de créateur à l’heure actuelle, où il ne travaille pratiquement plus qu’avec des artistes qui sont créateurs, comme par exemple Gervaise. Elle écrivait et composait tous ses textes avant toute seule et maintenant, on fait beaucoup ensemble. Au début, il a écouté son projet juste parce qu’il aimait bien et qu’il était curieux et qu’elle voulait un avis. Il lui a donné des points d’amélioration et elle lui a demandé de l’aider. Elle s’est montrée curieuse et ouverte, elle a des vrais talents d’écriture et de compositions mais elle était ouverte à ce type de rencontres qui challengent et permettent d’aller plus loin. Dans cette collaboration, William Rousseau s’est greffé car il y avait des enjeux musicaux. Comme ils n’ont pas réussi à faire signer l’EP, avec William, ils lui ont proposé de la signer avec leur label InTenSe. C’est le même cheminement pour sa collaboration June the Girl. Encore une fois, il faut être ouvert dans ce métier, sinon, cela ne peut pas avancer.

En fait, François travaille à trois maintenant : avec le compositeur et l’artiste, parce qu’une chanson, c’est un dialogue entre une musique et des mots et la sensibilité de l’artiste qui l’interprète. La musique ne doit pas dire la même chose que les mots. Pour expliquer cette vision des choses, il prend l’exemple d « Allo le monde » qu’il a signé pour Pauline. Elle avait 18 ans et envie d’écrire, mais elle savait qu’elle avait besoin d’aide. La maison de disque réclamait des choses moins adolescentes que ce qu’elle pouvait écrire à l’époque. Alors, François et elle ont discuté, sur le monde, sur sa vision du monde, de l’avenir. De son côté, sur le plan personnel, François avait sa maman malade, alors, forcément, il n’avait pas une vision du monde très positive à ce moment-là. François écrit les paroles qui sont assez sombres et les donne à Pauline qui compose la musique en deux jours, une musique enjouée, entrainante. Pour lui, c’est ce dialogue entre la musique et les paroles, cette différence entre les deux énergies de la chanson, qui ont fait que la chanson est devenue un vraiment succès.

Durant l’interview, François ne cesse de marteler que si on avance, c’est par les rencontres que l’on peut faire, qui peuvent nous toucher ou pas mais qui apportent toujours quelques choses au final. Il est fort à parier qu’il continuera donc à rencontrer des jeunes artistes en développement, pour les aider à porter leur projet aux oreilles d’un public toujours plus friand de nouveautés. Même s’il a écrit pour de grands et petits noms de la chanson française et internationale (Sofia Mestari, Thierry Amiel, Amel Bent, Amir, Kendji, Helene Segara, Ginette Reno, Petula Clark, Sheila, pour n’en citer que quelques-uns…), et qu’il a conscience que c’est de plus en plus dur de percer dans un marché du disque saturé de propositions il faut défendre ce plaisir de créer ensemble et de s’enrichir mutuellement. Quelques soient les difficultés de la vie, il y a toujours « des jours comme ça »…